La boîte de strip club

Eté 2010

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Mon ex de l’époque était sorti avec plusieurs strip-teaseuses avant moi… Et en bonne masochiste que je suis, j’étais curieuse de voir à quoi ressemblait la dernière en date. J’avais décidé de traîner mes amis à la boîte de strip ou l’ex de mon ex travaillaut. C’était parti pour une virée dans un de ces endroits « sketchy » comme il y en a tant à Toronto : des endroits aussi glauques que surprenants. Toronto est un mélange de combinaisons curieuses d’endroits mis côte à côte tels des échoppes de fortune-teller fluo au-dessus de magasin japonais kawaï, des magasin de jeu vidéo partageant un étage avec un sex shop…

J’étais intriguée de voir à quoi pouvait ressembler son ex. J’étais aussi intriguée de savoir à quoi pouvait ressembler une boîte de strip tease ! Etait-elle belle ? Bonne ? Séduisante ? Aguicheuse ? Je voulais tâter l’ambiance ! N’ayant pas pu aller dans un bar de strip à Montréal – il paraît qu’on peut toucher les filles là-bas ! – (ce qui fait le succès de la ville auprès des Etats uniens) il fallait que j’y aille avant de revenir en France.

Bref. Il faisait nuit, nous étions tous déjà bien arrosé. On était une petite bande de mecs dont moi. A l’intérieur de la boîte, des lumières de type néon bleu tapissent le lieu d’une atmosphère tamisée mais toujours maîtrisée. Un lieu aseptisé et impersonnel malgré le contexte charnel des femmes quasi dénudées : des mecs qui bandent dur, des filles qui se tortillent autour d’une barre de pole danse sur de la musique house. J’étais gênée, mal  à l’aise et à la fois excitée d’accéder à cette antre quasi mâle, où les hormones parlent, s’expriment, communiquent, s’entrechoquent dans un endroit dédié à cela. Plusieurs comptoirs blancs, lisses et lounge, des espaces ouverts ou la clientèle, dispersée peut avoir plus ou moins d’intimité. Des danseuses ça et là : quelques unes qui ont un public restreint, d’autres qui ont leur propre client lequel elles font une petite lap dance. La musique n’est pas très forte, l’affluence n’est pas grande mais la tension est palpable.

Les danseuses exécutent des mouvements robotiques mais fluides. Elles sont à une distance respectable du client sur le podium, mais dans la salle, elles misent sur la proximité. Peuvent-elles ou doivent elles se faufiler en arrière salle pour les « extras » ? Que se passe-t-il si elles n’en n’ont pas envie ?

Il y a des hommes de tout type d’âge : des vieux moches dégarnis et bedonnants comme des jeunes hommes plutôt charmants. Viennent-ils chercher le divertissement ou sont-ils désespérément seuls ?

Je suis complètement happée par une hôtesse et son client à qui elle offre une lap dance. Comment s’appelle-t-elle ? L’homme bave, il jubile, ses yeux étincellent de bonheur . L’attention toute particulière que lui porte l’objet de son désir fait monter son excitation et son égo d’homme. La séduction opère entre les deux. Le corps debout de cette femme qui danse. Le corps assis de cette homme qui croit. Il croit qu’il lui plaît, qu’elle l’a choisi. A leurs échanges de regards, j’essaie de comprendre ce spectacle : les clients oublient-ils que tout ça n’est qu’un fake ? Les femmes oublient-elles qu’elles ne sont qu’une marchandise ? L’argent opère le charme.

On éteint les lumières, on coupe la musique, on ferme les tireuses, la fête est fini. On enlève le maquillage et les masques. Où vont ces femmes avant d’errer dans les rues vides, titubant jusqu’à la prochaine fête ? Et où vont ces hommes vacillant jusqu’à la prochaine beuverie ?  Est-ce que ces corps perdus rampent dans la nuit ? Est-ce que les gens pleurent seuls dans leur lit ?

 

 

 

 

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J’ai cueilli des fleurs dans les poubelles

Hiver 2016

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Nous venions de boire quelques verres, du monde, du monde dans le bar des soirées hipsters à la mondanité refoulée.

Il était tard, c’était un mardi soir. Et comme chaque semaine, le fleuriste jette ses fleurs inutiles ou rabougris.

Au coin de la rue : le carré des fleurs.

Des poubelles grises devant les murs aux façades grises.

Mon amie voleuse de pétales ouvre le couvercle pour partir à l’assaut des containers. Et là pouf, le trésor se déploie devant nous : des sacs poubelles transparents gigantesques de verdures, tiges et fleurs fânées, écrasées, intacts, innocentes, vieilles, colorées, roses, fougueuses, vivaces, déchirées…

Nous sommes envie ! Ivresse de la couleur, ivresse de l’alcool et de la découverte organique que le ventre de cette poubelle nous a craché ! Toutes ces beautés rejetées se dérobent sous nos yeux!  Nos petites mains cherchent, tâtonnent, s’acharnent, cueillent et glânent ici et là. Nous avons tout trié sur le trottoire.

Des fleurs éparpillées sur le sol… Nous avons composé ! Une touche par ci, une touche par là.

Des bouquets de petits riens et des éclats de joie !

 

 

 

J’ai collé des affiches

Printemps 2014

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La canicule mais quelle désastre! Au mois de mai, il faisait déjà une chaleur à exploser la marmite ! Dans cette cuvette aux effluves d’été qui flotte dans les narines, à la transpi qui s’évapore et s’échappe des pores de la peau bien humide et suintante. Le matin étant il fallait s’y coller.

Ce festival pour lequel je bossais n’avait pas tant de forces vives pour faire de la bonne pub. En tant que chargée de comm’ (comme on dit dans le milieu) d’une gentille association sans thunes, il fallait adopter la position DIY et volontaire ! Un savoir être et une compétence sacrément recherchée sur le marché du travail aujourd’hui. Oh yeah ! Bref, toujours est-il que j’avais une 200taines d’affiches à coller pour promouvoir cet événement en ZUS (zone urbaine sensible) qu’il fallait à tout prix désenclaver, déstigmatiser en leur enlevant leurs étiquettes et en parer d’autres en collant des A3 de festival participatif gratuit et local… Un bon discours bienpensant de gaucho bobo science politicard.

Plein de cette texture à l’air de sperme dans mon seau gris, je me trimballe avec mes deux brosses et mes affiches, les écouteurs sur les oreilles. Tel un ptit soldat prêt au combat, j’entame une rue, en long, en large, en travers. Je recouvre des affiches sur celles déjà existantes : des artistes têtes d’affiches faisant des tournées dans toutes les plus grosses salles de chaque ville, et je m’en frottais les mains ! « De toute façon ils n’ont pas besoin de pub ceux là ! Ils sont déjà trop connus on voit leur gueule de partout, allé je les recouvre. »

Je flâne, je sue, je découvre des quartiers, des rues, je colle, je pue, j’avance et je recule, on me recouvre, je m’essuie le front avec mes avant-bras, je fume, je m’asseois, je reprends, je me dis que je vais arrêter, mais je continue. Je reconstitue de la colle avec la poudre à papier peint et de la flotte. Je touille, « shpock schpok ». Je laisse sécher la colle dans le seau.

Ce serait pas l’heure de prendre une ptite mousse ?

La fois suivante, j’appelle les copains, les plaisirs en solitaires ça va bien 5minutes ! Plus on est de fous plus on rie non ? Binouzes prêtes à l’usage englouties sur le chemin, 4 bras, 6 bras, c’est mieux ! En une heure c’est torché ! Tout le quartiers est entourée. On se fait la 3e mi-temps?

Une semaine plus tard, les poils du pinceaux sont tout secs et tout collés. Moral de l’histoire : ne jamais utiliser son matériel personnel pour le travail. 2e moral de l’histoire : toujours laver et ranger le matériel après utilisation au lieu d’aller boire des bières… Non… que dis-je, avant d’aller boire des bières !

 

 

 

 

J’ai vécu seule

Hiver 2015

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A l’heure où la génération Y voire Z pointe le bout de son nez, perdue, dans cette aire de Tanguy, à l’heure où la coloc est la solution pour partager les frais d’habitation, la crise… du logement, du boulot… non je ne suis pas sombre, je tiens à dire qu’à 2h du matin où j’écris, complètement pétée, la clope au bec, je suis toujours heureuse de pouvoir raconter ma vie de misère que j’aime malgré tout, inviter mes amis d’un jour ou de toujours quand je veux.

J’ai pris cet appartement. Ma tente quechua droit devant moi, mon controleur à ma droite pour paraître mélomane, je me caille car je n’ai pas mis le chauffage à plus de 16 degrés celsius car j’avais trop de frais à payer TOUTE SEULE ! Et malgré tout, je mange des coookies, je commande des sushis et je bois des pintes de chouffe car j’aime ça ! Oh oui j’aime ça ! Eh oui, le geg, l’eau, la taxe d’habitation, l’assurance en cas de danger climatologique et tant de frais annexes ne m’auront pas découragé à vivre cette vie de bohème vivant au dessus de ses moyens… Oui, j’ai 27 ans et j’avais oublié tous ces frais!

Mais qu’à cela ne tienne, je peux mettre de la musique à fond, écouter du Flavien Berger et fumer… Fumer jusqu’à ce que mes poumons crèvent, que mon foi me disent à l’aide et que toute cette superbe putain de vie me dise : « oui tu es trop bien toute seule ». Alors parfois je me regarde dans le mirroir et j’ai peur d’y voir le reflet d’une personne seule ! Mais je peux baiser sans que mes colocs entendent des gémissements et imaginer toute sorte de choses ! Je suis au calme, je n’entends pas ces putains d’ambulances, de voisins qui cohabitent ensemble depuis des années et qui s’insultent comme du poisson pourri, sans entendre les dérapages de kékés en scooter qui vont s’acheter des clopes à n’importe quelle heure en dessous de chez moi, je peux me dire que toute cela, c’est bien passé et dépassé ! Je n’ai plus à piller le frigo à 4h du matin en fin de soirée la semaine, en ayant la culpabilité, un lendemain de cuite, d’avoir dépouillé la bouffe de mes colocs ! Je peux faire le bordel que je veux tout en gardant mes manies borderlinemement bizarres…

Je suis.

Il faut que je l’accepte. Même si j’ai des fuites d’eau, même si je ne sais même pas changer une ampoule, même si je dois investir seule dans de la putain de lessive et produits détergents, même si je ne peux plus squatter les tampons de ma chère et tendre ex coloc… Oui, la liberté à un prix, l’indépendance à un coût…

J’ai habité seule à 19 ans et je l’ai très mal vécu… 8 ans plus tard je le vis bien, enfin je crois…J’apprend à me connaître, à m’apprivoiser dans cet espace limité. Je ne me sens pas prête, comme ces gens qui attendent un bébé et qui ne le font que lorsque la stabilité financière leur permet… Comme eux, je vacille, je doute, d’avoir pris ce bébé que je ne pourrais peut-être pas assumer. Je me tourne et retourne chaque jour dans mon lit, avec mes préoccupations de petites bourgeoise à me demander si je ne vais pas me priver d’une connexion internet pendant que des personnes vivent dans un 15m2 à 6…

Alors voilà!

Je profite, je danse, je chante et « je fume fume fume, même au petit déjeuner »… (merci JJ Goldman)

J’ai eu un cheveu blanc

Automne 2015

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Je n’avais jamais pensé que ça puisse arriver un jour. Je n’avais jamais songé à l’éventualité d’avoir des cheveux blancs. J’avais tout imaginé sauf ça ! Avoir des rides, la ménopause, devenir une vieille dame à chat okay, mais des cheveux blancs ! What the fuck ?! Je ne m’y étais pas du tout préparé, pas si tôt en tout cas… Je me croyais encore jeune.

Quand ma douce me caressait les cheveux alors que j’avais ma tête dans ses genou elle me dit « ah!! toi aussi t’as des cheveux blancs ! » tout sourire et contente de voir que l’on partageait une autre chose en commun. Je n’ai pas manqué de la remballer directe en lui disant que c’était impossible et qu’elle était daltonienne. J’aboyais.

Elle me l’a arraché pour me prouver ma mauvaise foi : il était bel et bien blanc. Il était long, très long et bien présent sur ma tête la seconde d’avant.

« La jeunesse c’est dans la tête » et toutes ces sempiternelles phrases à la con, c’est terminé. La jeunesse n’est pas éternelle et le corps s’use… Adieu la fontaine de jouvence des virées nocturnes et des parties de jambes en l’air. Je ne pensais pas qu’avant 30 ans je puisse avoir des signes de dégradation physique. Je ne pensais pas que ça puisse autant me foutre un coup ! Moi qui suis contre le jeunisme et qui suis la première à critiquer les personnes qui se teignent les cheveux pour cacher leur « vieillesse » j’étais vraisemblablement affectée à l’idée de vieillir…  C’était le pompom : les amis qui se marient, les petits bébés qui naissent et maintenant le cheveux blanc, c’en était trop ! Est-ce que ça va toujours aller de mal en pis ?

Moi ? Drama queen ? Absolument pas!

j’ai été femme de ménage…

Eté 2014

Non ce n’était pas chez un particulier qui a tout de même la mauvaise conscience de laisser quelques crasses derrière lui et qui lave la vaisselle en vous laissant faire les carreaux de la fenêtre. Non.

J’ai fait les ménages dans une putain de colonie  de vacance d’une cinquantaine de pré-ados hébergés dans un collège agricole pendant les vacances d’été. Deux semaines de bonnes senteurs de désodorisants, décapants, javel et gants en latex ! Que du bonheur !

Mrs doubtfire

Chaque matin c’était le même rituel : je mets ma tenue de Cendrillon, j’allume mon mp3 (oui je suis le genre de personne à ne pas avoir un téléphone en guise de couteau suisse androïd smarthphone ou autre), j’enfile mon casque, j’attends que tous les gosses soient partis et je vais enfin chercher mon chariot avec mes seaux et ma serpillère. Dur labeur… on y va en traînant des pieds en faisant le moon walk inversé. Au moment quotidien de récurer les toilettes, de rager, de se péter le dos et de jurer sur ce boulot de merde que certaines femmes doivent endurer tous les jours pour le restant de leur vie, j’essaie d’enclencher le positif en moi…

« Au moins, j’aurais écouté plein de musiques ! J’ai aussi eu la gratification de participer au projet pédagogique en quelque sorte, puisque j’ai pu apprendre aux garçons ce qu’était une brosse à chiotte. »

FLASH BACK SEQUENCE :

grosse trasse de pneu dégueulasse et bien collante dans la cuvette (une redondance entre nous depuis quelques jours) – je manque de dégueuler – je fais de l’apnée – j’attrape (tant bien que mal) le balai brosse en prenant mon courage à deux mains – je frotte, je frotte, je frotte jusqu’à ce que la trace s’efface…

A la fin de cette épreuve insurmontable, je me sens bien sale et bien seule…

Je décide d’en parler aux animateurs. Est-ce normal que des ados ne sachent pas se servir d’une brosse à toilette ? Et l’autonomie, et l’hygiène dans tout ça bon sang ? Des parents aisés qui envoient leur gamins en colonies de vacances n’ont-ils pas le temps de leur expliquer quelle est l’utilisation de ce magnifique outil qui se situe juste à côté des toilettes? Comment peut-on passer 15 ans de sa vie à ignorer l’usage d’un putain de balai à chiotte?

C’est là qu’au retour de la sortie sportive, je prend tous les vacanciers dégoulinant d’hormones et de sueur mâles en devenir sous mon ailes et leur demande : « Est-ce que vous savez à quoi ça sert ça ? » en pointant du doigt l’objet en question.

=>>>> Haussement d’épaule, hochement horizontal de la tête en guise de réponse de mon auditoire. Niette. Je reste bouche bée. Alors là, ils m’ont troué le cul. Quand je manque de m’impatienter et de leur gueuler dessus, un des plus petit me dit : « C’est pas pour nettoyer les toilettes ? ». Oui bravo!!!!! Clap clap clap! Merci ! Ils ne sont pas si neuneu que ça finalement. Ca relève le niveau. Alors je leur dit avec beaucoup de joie dans la voie qu’il faudra désormais se servir de cette chose ; elle fait partie du paysage, ce n’est pas de la déco et il faut l’intégrer après chaque caca qui laisse des traces 🙂

Deux jours plus tard, ça ne s’améliore pas. L’heure est grave.

Je décide donc de reprendre mes poulains entre 4 yeux pour leur demander s’ils ont bien fait usage de la brosse dont je leur avait parlé. Car je remarquais toujours la présence persistante non seulement de dérapages incontrôlés, mais de chiottes bouchées pleines d’étrons parsemés de papiers toilettes.

Ils avaient bien utilisé le truc. Sauf que certains n’avaient pas très bien saisi les différentes étapes. J’avais manqué de pédagogie remarque… le balai brosse, on s’en sert après avoir tiré la chasse, pas avant!!!

Mais enfin… finalement, à force, tout est rentré dans l’ordre et dans leur petit crâne de moineau. J’ai pu rentrer chez moi sereine, contente d’avoir accompli ma mission de madame caca. Encore une victoire de canard !

 

 

 

Mon premier cd!

Rentrée 1999

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En bonne ado hippie qui se cherche en 6e A, me voilà dans la cour des grands dans la catégorie « babacool » au collège ! J’écoute  du Bob Marley comme mes grandes soeurs le font. J’ai un énorme poster de Boby dans la chambre, une trousse tricolore vert / jaune /rouge et des pantalons africains… On avait déjà un album de la tribu des Wailers, le best-of à la maison avec les classiques et indémodables « No woman no cry », « Redemption song » et tout ce qui se connaît… Amoureuse du grand maître et voulant approfondir ma culture roots, je décide de varier les plaisirs en me frottant à un album certes tape à l’oeil pour son graphisme aux drapeaux de tous les pays d’Afrique, mais moins connus que les autres. Naviguant dans les rayons disques de Carrefour, (vive la contradiction, bon ok, en 6e on ne peut pas encore être en adéquation complète avec nos valeurs), j’ai choisi cet album : « Survival ».  C’était lui l’élu.

Une ribambelle de chansons toutes plus percutantes et vibrantes les unes que les autres.

Trop contente et super fière d’avoir acheté ce premier cd avec mon argent de poche. Qui aurait cru que je découvrirais un fabuleux trésor musical, un merveilleux bijou sonore, celui qui m’a transmis l’amour du reggae, du rocksteady et de l’esprit roots… Il reste un des mes albums favoris parmi mon classement du top ten avec Bonobo, Mano Solo, Cocorosie, Portishead ou Beach house entre autres…

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cliquez sur moi je joue au foot mais je chante aussi…

Merci à toi Bob et peace and love!

Jah! Rastafara!

Mon premier bouquet de fleur!

Automne 2012

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Il avait cette nouvelle lubie de vouloir être fleuriste. J’aimais toutes les chimères qu’il s’inventait et l’univers dans lequel il vivait : la rêverie dans laquelle il aimait se percher. On s’aimait bien. Je lui ai offert des roses pour le pousser à composer son bouquet : blanches comme l’innocence. Il était touché et impressionné. Je crois qu’il a d’ailleurs rougi, telle une femme intimidée par une attention particulière. Il les a mis dans une carafe d’eau et l’automne s’est écoulé.

 

 

Mon premier match de foot

Eté 2015

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Qui a dit que les stades de foot étaient un nid de beaufs?

Eh bien non que nenni ! Sachez que dans un stade de foot on boit de la bière sans alcool ! Contente de ma pinte et tout de même ballonnée par la boisson, mon pote se retourne vers moi, me demande si j’en reveux. J’hésite… Et là, il me dit : « mais de toute façon elle est sans alcool la bière! » What’s the fuck ? SCANDALE !  Ils pourraient la faire payer au prix d’un soda à ce compte là ! Ils pourraient au moins nous prévenir de la supercherie !

Qui a dit que les supporters de foot étaient des sexistes homophobes ?

Eh bien non que nenni ! Les supporters sont supers affectueux et soutiennent clairement leur équipe en leur envoyant de jolis mots pour encourager les joueurs les plus nuls de leur équipe de foot. Une famille de supporters derrière moi n’arrêtaient pas de crier « PD và » à tout bout de champs quand « les mecs ne savaient pas courir derrière le ballon »… J’ai été doucement bercée par des « enculéééés!! » ou encore « tapetteuh va! » à chaque action loupée! Un pur moment de bonheur !

Nice jouait contre Rennes. Autant dire que c’était un match de merde ! Mais moi j’ai vraiment aimé ! Pour une première mi-temps plate, nous avons finalement eu un beau score de 2 à 1. Rien à voir avec un match qu’on regarde à la tv : ici tout est en grandeur nature, une trentaine de millier de places assises et debout, des tacles en vitesse réel, des fakes en direct live et tout ça en full HD avec une foule en délire chantant à tue tête l’hymne de la cité : le grand frisson. Avec beaucoup d’appréhension et de préjugés bien sûr nous nous rendions au stade Allianz Rivera, parmi la foule en maillots, écharpes et tout ça, mais finalement, tout était bien… Nos potes nous faisaient des blagues en mode « on va aller chez les ultras, il faut faire gaffe car entre les fumigènes et les cutter qu’ils lancent dans les pieds… » Effrayée par cette vision de supporters hooligan qu’on se fait souvent d’un supporter de foot, autant dire qu’on était pas chaudes… Ca grouillait de partout : jeunes, familles, enfants, vieux, poufs, (pas de babs bizarrement), bidochons, jet seteurs… et c’était en fin de compte, une ambiance bon enfant !

En tout cas, Nissa la bella s’est dotée d’un des plus beaux stade de France où Patrick Brubru a même fait l’honneur d’inaugurer lors de son ouverture. Quel honneur !

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Qui a dit que les supporters de foot aimaient la musique de merde ?

Eh bien non que nenni ! Patrick s’est fait huer ! Non seulement les supporters niçois ne sont pas foufou de variétoche mais en plus… Patrick… Il est supporter du PSG !

Pas dingue le mec !

Mon premier (et dernier?) COMING OUT

Printemps 2013

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J’en avais marre de me sentir telle une menteuse aux yeux de tous. Assez de me sentir gênée et d’esquiver à chaque repas de famille la fameuse question « Eh toi? quand est-ce que tu nous ramènes un copain? » alors que je m’imaginais en couple dans un loft avec une amoureuse, un chat et un plaid. (oui je renforce le cliché du stérotype du couple lesbien mais tanpis…) j’étais saoulée de faire semblant d’être quelqu’un d’autre tout simplement.

Alors, j’ai écris une lettre. Une superbe lettre à l’arrache, au brouillon que je décidais plus tard de mettre au propre dans une magnifique enveloppe rose, écrite avec ma plus belle plume pour mes parents… (mes soeurs et mes amis étant déjà au courant de la chose)

J’avais écris des trucs du genre « je ne suis pas touchée par les hommes […] (qui aurait cru qu’ils prendraient le mot « toucher » au pied de la lettre, au sens littéral. Ma mère m’a parlé CUL pour la première fois de ma vie suite à cette sentance : « Tu sais » m’a-t-elle dit, « les hommes peuvent aussi faire la même chose que les femmes si tu leur demande ». [Nan mais MAMAN!!!!! Es-tu vraiment en train de me parler de broutage de minou ?!] )

Mais revenons en à nos moutons… Le contenu de la lettre :

[…]et j’ai été amoureuse de cette fille au Canada et blablabli et blablabla… et depuis… et blablabli et blablabla, il fallait que je vous dise la vérité et blablabli et blablabla, ne vous inquiétez pas, je suis très heureuse comme ça. »

Plus ou moins satisfaite de l’intention à la relecture, je l’ai rangée pour terminer de l’écrire au propre plus tard. Je suis parti en vacances, les jours sont passé… Lorsque je reçois un message de ma soeur me disant « j’ai eu les parents au téléphone, t’inquiètes pas ils vont bien hein« . Hum, oui, soit, j’étais contente de savoir qu’ils allaient bien

Quelques semaines passent, ma soeur refait surface : « bon, on a parlé pendant une heure avec les parents, mais ça va ils sont plus trop sous le choc« … Mais de quoi me parlait-elle? Quand soudain, je me souviens…

J’avais oublié le brouillon de ma lettre chez mes parents ! Ils l’avaient lu : brute, sans tact, sans forme juste une grosse claque dans leur gueule. En gros c’est comme si je leur avais écris un texto du style

« Salut, j’aime les chattes, j’espère que ça vous dérange pas! J’suis super heureuse comme ça. Allé démerdez vous avec ça maintenant! ciao et bonne vacances! Bisous bisous! »

J’étais grillée ! Ca y est, ils le savaient…

Pétrifié de peur en imaginant leur réaction, je me disais aussi que c’était finalement une bonne chose de faite. Je ne l’aurais sûrement jamais recopié au propre de toute façon, alors tant mieux s’il l’avaient lu… Mais qu’est-ce que j’allais leur dire la prochaine fois que je les verrai ?

J’attendais alors qu’ils fassent le premier pas, ils avaient déjà été débrieffé de toute façon donc ce ne serait qu’une confirmation, un aveu en face à face de leur fille à ses parents. Leur chère et tendre cadette aimaient les filles. Elle ne pourrait peut-être pas leur donner des petits enfants adorés.

Et voilà. Mon père m’appelle « ça va ? il faut qu’on parle« .

Au moment du débrief, j’étais dans le bureau (eh ben oui, comme pour un entretiens), il était dos à moi, en train de regarder son ordinateur, comme s’il ne pouvait pas me regarder droit dans les yeux, j’étais là, assise derrière lui, prête à subir l’interrogatoire :

« On a lu ta lettre. Mais…? C’est depuis la naissance ou c’est venu après ? »

« Qu’est-ce que ça change? » lui demandais-je.

« Eh ben… c’est pas pareil. Peut-être que tu n’as pas eu assez d’expérience avec les hommes pour savoir ».(très pragmatique le daddy)

Ahahaha ! Papa… C’est pourtant toi qui m’a toujours dit de me méfier des garçons il me semble !

« T’en fais pas papa, j’en ai connu suffisament pour savoir tu sais. »

« OK. Tu devrais parler à ta mère… »

NEXT. Et une chose de fait, je savais que ça allait être pire pour ma mère… C’est maintenant que tout devient surréaliste : ma mère, me rejoint à mes côté sur mon lit de jeune fille. Elle me pose tout un tas de questions, se plaint, geint, pose un tas de questions, tout défile, elle pleure, elle se demande bien pourquoi « ça » arrive à nous, elle s’arrache les cheveux. Elle demande si j’aime aussi les hommes dans l’espoir d’avoir quand même un peu de normalité dans le sang…  Elle me dit que je devrais [essayer encore de sortir avec des hommes et comparer avec les femmes, peut-être que je n’étais jamais tombé amoureuse]… Maman, c’est pourtant toi qui m’a dit auparavant que les bisexuels étaient fous ! Les jeunes d’aujourd’hui font n’importe quoi aujourd’hui .Souviens-toi, tu me l’as dit quand je t’ai parlé de la bisexualité de mon ami T… Elle se demandait ce que les autres pourraient penser de notre famille si je ne pouvais pas me forcer à faire semblant, qu’est-ce qu’il adviendrait ? Tout se bousculait dans la tête de ma pauvre mamounette. Dans ma lettre sortie du placard, j’évoquais mon étiquette de »lesbienne » et pas celle de « bi »pour ne pas trop les embrouiller !  Et surtout, je ne voulais pas leur faire de fausse joie. Je ne voulais pas qu’ils fantasment l’image idéale d’un mariage hétérosexuel avec un gendre beau, intelligent, drôle et riche composée d’une famille nucléaire parfaite avec leur scénic et leur chien. Alors je leur ai encore évité la vraie vérité, l’étiquette de « bi » que je porte pour ne pas leur donner de faux espoir.

Bref, elle a hurlé, elle m’a tenue la main, elle a pleuré, elle m’a dit des stupidités sexistes et classistes du genre « je savais que vous n’auriez pas dû faire autant d’études toi et tes soeurs »

Je ne comprends pas maman… Parce que seules les personnes éduquées peuvent être lesbiennes ou gay ? L’amour est-il accessible à une seule catégorie sociale?  Et pourquoi faut-il toujours qu’on imagine les pratiques sexuelles d’un couple homo ? Est-ce qu’on peut se permettre d’être aussi intrusif dans un couple hétéro en les imaginant baiser quand on les voit s’embrasser dans la rue ? Est-ce qu’on demande aux hommes hétérosexuels pourquoi ils aiment la chatte ?? Et les femmes hétéro pourquoi aiment-elle la bite ? Est-ce qu’il va encore falloir justifier jusqu’à la fin de sa vie ce qu’on est ? Est-ce qu’il va encore falloir supporter le regard lourd et inquisiteurs des inconnus dans la rue, ou bien celui des gros pervers qui s’imaginent un plan à trois lorsqu’ils voient s’embrasser deux filles…?

Non maman, je n’ai pas eu besoin de faire des études pour me poser toutes ces questions et pour oser aimer. Et je suis navrée de voir que malgré le haut niveau d’éducation de certains, il existe toujours des imbéciles qui croient que l’homosexualité est un pêché. Je suis contente de ne pas être née avant 1982, année où l’homosexualité n’était plus un crime pour ne pas être vu comme une malade mentale, une criminelle. (what the fuck). Tout comme ce n’est pas ton éducation qui m’a rendu comme « ça », j’aimerais que tu saches que c’est ton amour qui m’a donné la force d’aimer.

Alors, les années ont passées et le temps a fait son travail. J’ai avancé, j’ai fait de belles rencontres, d’autres un peu moins. Je voulais remercier mon entourage qui m’ accepte, m’aime et me soutient sans jugement. J’ai beaucoup de chance d’être bien entouré. Car même à l’heure du mariage pour tous il est difficile de ne pas être dans la norme. Même au 21e siècle aux pays des droits de la femme et de l’homme, il est difficile de tenir la main de son amie dans la rue sans être critiqué, sifflé ou dévisagé. Un jour, peut-être, il sera possible de vivre « normalement » sans avoir à se justifier…